Le Brésil devrait fuir Mahmoud Ahmadinejad

23.11.09

 

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Le Brésil devrait fuir Mahmoud Ahmadinejad

Par Meir Javedanfar

Depuis son accession au pouvoir en 2003, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva s'est efforcé de développer des relations avec des pays à l'extérieur de la région sud américaine. Contrairement à d'autres puissances émergentes telles que la Russie et la Chine, le Brésil s'est concentré sur les pays de l'hémisphère sud. Connue sous la stratégie "sud-sud", qui est basée selon la propre perception du Brésil comme puissance méridionale ainsi que sur ses solides relations culturelles avec des pays comme l'Afrique,  dont une majorité de la population non indigène du Brésil provient originairement. Le Brésil ne se considère pas seulement comme puissance économique, elle se voit également comme force derrière le développement et l'amélioration du tiers-monde pour les droits de l'homme et les droits économiques des pauvres.

La République islamique d'Iran est un de ces pays dans l'hémisphère sud à avoir attiré l'attention du président Lula da Silva. Avec ses considérables réserves de gaz et de pétrole et sa population extraordinairement jeune, son économie sous-développée donne au Brésil la possibilité d'augmenter ses exportations ainsi que d'étendre sa présence sur une des régions les plus stratégiquement importantes au monde.   

Parallèlement, le clergé souverain en Iran considère également l'amélioration de ses relations avec le Brésil comme essentielle pour sa propre stratégie "sud-sud" qui nécessite le développement des relations diplomatiques et économiques avec les pays d'Amérique du Sud.  

Cette convergence d'intérêts explique pourquoi le gouvernement iranien insiste tellement sur la prochaine visite du président Mahmoud Ahmadinejad au Brésil, le 23 novembre. Pour le leadership iranien, cette visite représente une victoire importante dans ses efforts pour briser l'isolement actuel qu'il a créé en refusant d'accepter le dernier accord nucléaire généreux offert à l'Iran à Vienne, ce mois d'octobre. 

Le régime de Mahmoud Ahmadinejad a également des arrière-pensées sur cette visite.

Depuis le début des années 90, l'Iran essaie de développer ses réseaux terroristes dans la région sud-américaine. A deux reprises distinctes, les Argentins ont été témoins de cette stratégie et de ses conséquences. Tout d'abord, en 1992, au cours du bombardement de l'ambassade d'Israël à Buenos Aires, qui a fait 29 morts et 242 blessés. Puis, en 1994, l'odieux attentat suicide au centre culturel juif à Buenos Aires, qui a tué 85 civils innocents. 

À ce jour, le gouvernement iranien refuse de transmettre les officiels qui ont été accusés par INTERPOL d'avoir organisé ces attentats. De plus, pour prouver son mépris du droit international, Mahmoud Ahmadinejad a récemment nommé un des suspects, Ahmad Vahidi, Ministre iranien de la Défense. C'était un message clair à la communauté internationale selon lequel le président soutient et encourage ceux qui participent au terrorisme international. 

Il y a également le sujet du rapport terrifiant des droits de l'homme du gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad, qui non seulement discrimine les homosexuels en Iran, mais va jusqu'à nier leur existence.   

Ceci s'ajoute au mauvais traitement de nombreux jeunes Iraniens qui, après l'élection du 12 juin, sont descendus dans les rues pour montrer leur mécontentement, de façon civile et pacifique. 

Ils ont toutefois été violemment appréhendés par les forces de sécurité du président Mahmoud Ahmadinejad. Beaucoup d'entre eux ont été arrêtés et emprisonnés. Des rapports mentionnent également la torture et le viol de prisonniers, hommes et femmes, au point de causer la mort de certains d'entre eux. Dans certains cas, leurs corps étaient tellement mutilés qu'ils étaient méconnaissables à leurs propres familles.    

Bien que la visite de Mahmoud Ahmadinejad apporte de nouvelles opportunités économiques et commerciales, les Brésiliens feraient mieux de se demander quel est le prix à payer pour que leur gouvernement puisse améliorer ses relations avec Téhéran, en particulier lorsque la communauté internationale tente, en vain, de convaincre le gouvernement iranien, par la diplomatie et les négociations, de coopérer sur son programme nucléaire. Au lieu de cela, le gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad investit dans le développement de missiles pouvant porter des ogives nucléaires et dans la construction d'usines nucléaires secrètes loin des yeux de la communauté internationale, comme c'était le cas avec le site de Qom, récemment découvert. 

Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad est l'un des présidents les plus méprisés que l'Iran n'ait jamais eu, que ce soit à l'étranger ou en Iran. Ses idéologies fondamentalistes et apocalyptiques ainsi que son mépris des droits de l'homme mettent en danger la stabilité du Proche-Orient et le bien être de son propre peuple. En accueillant Mahmoud Ahmadinejad, le président Lula da Silva envoie à Mahmoud Ahmadinejad le message qu'il soutient ses politiques. Le peuple brésilien et les membres de la communauté internationale devraient faire le contraire et le fuir.  

Meir Javedanfar est un analyste israélo-iranien du Proche-Orient et le coauteur de "Le Sphinx nucléaire de Téhéran : Mahmoud Ahmadinejad et l'État iranien." (The Nuclear Sphinx of Tehran: Mahmoud Ahmadinejad and The State of Iran).

Reproduit avec la permission du Revista Epoca, initialement publié le 20 novembre 2009