L'Iran essaie-t-il de gagner du temps? 16.10.2009

16.10.2009

L'Iran essaie-t-il de gagner du temps?  

Pas de marché avec l'Occident 



Selon les déclarations d'officiels iraniens rapportées par les médias, Téhéran a rejeté la possibilité d'un marché avec les puissances mondiales pour expédier son uranium légèrement enrichi (ULE) à l'étranger pour un traitement plus approfondi. [1]

Ces déclarations s'avèrent être en contradiction avec un précédent accord passé avec les États-Unis et les principales puissances, selon lequel la majorité de l'uranium enrichi déclaré ouvertement par l'Iran serait envoyé à l'étranger pour être transformé en combustible pour un petit réacteur qui produit des isotopes médicaux. [2] L'uranium enrichi était censé être expédié hors de l'Iran et aurait été alors traité par la Russie et la France à un échelon supérieur. L'uranium enrichi iranien aurait été converti en une forme qui n'aurait pas pu être utilisée pour fabriquer des bombes nucléaires. 



Le prétendu marché a été adapté pour "qu'il soit digéré le plus facilement possible par les Iraniens." [3] L'accord, réalisé dans le cadre de pourparlers avec le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, les États-Unis, la Russie et la Chine (P5+1, cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU, plus l'Allemagne), représentait à l'origine "le progrès le plus important dans les négociations avec Téhéran depuis plus de trois ans, et offrait l'espoir que la crise nucléaire pourrait être neutralisée, du moins provisoirement."[4]Cependant, aucune mesure n'a été prise dans le cadre du marché fait à Genève pour empêcher l'Iran de continuer à développer son programme d'enrichissement d'uranium à Natanz, d'acquérir plus d'uranium enrichi et l'améliorer pour qu'il puisse servir de base à la fabrication d'une bombe atomique. [5]



L'Iran essaie-t-il tout simplement de gagner du temps? 



Téhéran n'a pas encore répondu à une question fondamentale, à savoir s'il était disposé à geler son programme nucléaire. Selon Javier Solana, haut représentant européen, l'Iran doit toujours donner une "réponse complète[6] à cette question, plus d'un an après que l'offre ait été présentée pour la première fois. Les six puissances ont renouvelé leur proposition "double gel", conformément à laquelle l'Iran cesserait d'enrichir son uranium et d'augmenter le nombre de ses centrifugeuses en échange du gel de l'accroissement des sanctions contre la République islamique. [7]

Le 25 septembre 2009, des révélations sur l'usine secrète iranienne d'enrichissement d'uranium à Qom ont été rendues publiques. [8] L'Iran s'est fait prendre pour la seconde fois en essayant de dissimuler une importante usine pour un programme qu'il prétend être franc et purement civil. [9] La première fois que l'Iran s'est fait prendre en train de dissimuler était en 2002, montrant ainsi des images satellite à la télévision américaine l'existence avérée de sites nucléaires à Natanz et Arak. [10] Le programme nucléaire iranien a débuté avec la construction de la centrale électrique de Bushehr, au sud du pays en 1975, commencée par des sociétés allemandes. En 1998, la Russie a signé un contrat avec l'Iran pour terminer l'usine, après que des entreprises allemandes aient cessé leur travail à la suite d'un embargo américain sur l'approvisionnement en haute technologie à l'Iran après la Révolution islamique en 1979. [11]



Malgré la volonté apparente de l'Iran de négocier, la position de la République islamique demeure contradictoire. Ces dernières semaines, il a de nouveau envoyé des messages ambigus qui montraient, tout d'abord, le refus d'une offensive occidentale. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a dit : "En ce qui nous concerne, le problème nucléaire est clos. […] Nous ne négocierons jamais les droits évidents de la nation iranienne." [12] D'autre part, le ministre des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki a dit qu'il félicitait "le désir de poursuivre les négociations."[13]

Des experts disent que ces messages et allusions ambigus sont une manœuvre tactique. Christian Koch, du centre de recherche du Golfe à Dubaï a expliqué que: "Le gouvernement iranien souhaite gagner du temps pour calmer le débat sur les sanctions." [14]Le plus grand danger reste un Iran qui essaie de gagner du temps, comme il a souvent été accusé de le faire par le passé, en faisant des promesses et en sollicitant plus de rencontres, tout en attendant que les tendances politiques changent ou que les rangs les plus proches parmi les alliés occidentaux se rompent.[15] L'Occident considère que l'Iran essaie, en réalité, de gagner du temps et qu'il n'est pas intéressé à régler le conflit nucléaire.[16]



Les dirigeants sur les tactiques iraniennes 



* Au cours de l'Assemblée Générale de l'ONU à New York, le président français Nicolas Sarkozy a remarqué qu'il n'y a eu aucun changement dans le comportement de Téhéran malgré le dialogue avec l'Iran et les sanctions imposées depuis 2005: "Depuis lors, il n'y a que l'enrichissement d'uranium, plus de centrifugeuses et - enfin et surtout – un appel du dirigeant iranien de rayer une nation membre de l'ONU [Israël] de la carte," a dit Sarkozy. [17] "Nous ne pouvons pas laisser les dirigeants iraniens gagner du temps alors que les moteurs tournent. Si, d'ici le mois de décembre, les dirigeants iraniens ne procèdent pas à un changement en profondeur, des sanctions devront être prises," a-t-il ajouté. [18]

* Gordon Brown, Premier ministre britannique, a dit: "Le programme nucléaire iranien est le défi de prolifération le plus urgent auquel le monde fait face aujourd'hui. […] L'Iran doit aujourd'hui s'engager avec la communauté internationale et joindre la communauté internationale en tant que partenaire. Le cas échéant, il sera encore plus isolé.[…] Nous n'en resterons pas là, et nous sommes disposés à appliquer d'autres sanctions plus strictes." [19]



* Robert Gates, secrétaire américain à la Défense, a dit que la révélation d'un nouveau site nucléaire en Iran met le gouvernement "dans une très mauvaise position" et soulève l'éventualité de "sanctions supplémentaires sévères". [20]

* Hans-Ulrich Klose, chef adjoint du comité des Affaires étrangères du Parlement allemand, a dit que l'Iran essayait de gagner du temps et n'avait pas répondu comme il se doit à la proposition de dialogue des États-Unis. [21]

* En août 2009, le ministre des Affaires étrangères allemand, Frank-Walter Steinmeier, a demandé à l'Iran de cesser d'essayer de gagner du temps et de "donner une réponse claire" à la dernière proposition de l'Occident. Frank-Walter Steinmeier a averti que si l'Iran continuait à remettre à plus tard, les puissances occidentales augmenteraient alors la pression avec des sanctions : "Personne ne veut continuer dans cette direction. Mais c'est Téhéran qui a les cartes en main."[22]   
  

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Références

[1] "Iran: We reached no deal to ship nuclear fuel," PressTV, October 3, 2009, http://www.presstv.ir/detail.aspx?id=107721&sectionid=351020104

[2] Erlanger, Steven; Landler, Mark: "Iran Agrees to Send Enriched Uranium to Russia," The New York Times, October 1, 2009, http://www.nytimes.com/2009/10/02/world/middleeast/02nuke.html

[3] Leyne, Jon: "West mulls Iran ‚change of heart’," BBC Online, October 5, 2009, http://news.bbc.co.uk/2/hi/middle_east/8291163.stm

[4] Borger, Julian: "Iran agrees to send uranium abroad after talks breakthrough," The Guardian Online, October 1, 2009, http://www.guardian.co.uk/world/2009/oct/01/iran-uranium-enrichment-plant-inspection

[5] Leyne, Jon: "West mulls Iran ‚change of heart’," BBC Online, October 5, 2009, http://news.bbc.co.uk/2/hi/middle_east/8291163.stm

[6] Ibid.

[7] "News Analysis: Iran nuclear talks send positive signals," Xinhua, October 2, 2009, http://news.xinhuanet.com/english/2009-10/02/content_12172238.htm

[8] Philp, Catherine; Elliot, Francis; Whittell, Giles: "How secrecy over Iran’s Qom nuclear facility was finally blown away," Times Online, September 26, 2009, http://www.timesonline.co.uk/tol/news/world/middle_east/article6850325.ece

[9] "Iran: Time to come clean," The Guardian Online, September 26, 2009, http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2009/sep/26/iran-nuclear-enrichment-plant

[10] "Timeline: Iran nuclear crisis," BBC Online, September 24, 2005, http://news.bbc.co.uk/2/hi/middle_east/4134614.stm

[11] "Iran in final preparations for launch of first nuclear plant," RIA Novosti, September 22, 2009, http://www.globalsecurity.org/wmd/library/news/iran/2009/iran-090922-rianovosti04.htm

[12] "Iran’s Ahmadinejad ruled out talks on nuclear rights," Xinhua, September 7, 2009, http://news.xinhuanet.com/english/2009-09/07/content_12010177.htm

[13] "Mottaki explains Iran’s outlook for Oct. Talks," PressTV, October 2, 2009, http://www.presstv.ir/detail.aspx?id=107645&sectionid=351020104

[14] Backfisch, Michael; Bonse, Eric; Ziener, Markus: "Iran spielt im Atomstreit mit dem Westen auf Zeit," Handelsblatt Online, September 14, 2009, http://www.handelsblatt.com/politik/international/iran-spielt-im-atomstreit-mit-dem-westen-auf-zeit;2456724

[15] Cooper, Helene: "U.S. Wonders if Iran Is Playing for Time," The New York Times, October 2, 2009, http://www.nytimes.com/2009/10/03/world/asia/03policy.html

[16] Charbonneau, Louis: "SCENARIOS: Big powers meet Iran on nuclear standoff," Reuters, September 29, 2009, http://www.reuters.com/article/newsMaps/idUSTRE58S14520090929

[17] Crumley, Bruce: "On Iran Nukes, France and the U.S. Play Bad Cop, Good Cop," Time Online, September 24, 2009, http://www.time.com/time/world/article/0,8599,1926061,00.html

[18] "Statements by Obama, Brown and Sarkozy," The New York Times, September 25, 2009, http://www.nytimes.com/2009/09/26/world/middleeast/26nuke-transcript.html

[19] Ibid.

[20] Knowlton, Brian: "Defense Chies Says Iran Faces ‚Severe’ Sanctions," The New York Times, September 27, 2009, http://www.nytimes.com/2009/09/28/world/middleeast/28nuke.html

[21] Gebert, Stephanie: "Tehran continues to obfuscate, says Social Democrats’ foreign affairs expert," Deutsche Welle Online, October 1, 2009, http://www.dw-world.de/dw/article/0,,4741140,00.html

[22] "Steinmeier Calls on Iran to Stop Playing for Time," Der Spiegel Online, August 2, 2009, http://www.spiegel.de/international/world/0,1518,569695,00.html