Mahmoud Ahmadinejad et le cabinet ministériel iranien - 22.2.2007

22.02.2007

Mahmoud Ahmadinejad et le cabinet ministériel iranien

Dès son arrivée à la présidence en 2005, Mahmoud Ahmadinejad a démis tous les ministres réformistes de leurs fonctions pour les remplacer par des extrémistes radicaux. Bon nombre de ces derniers ont appartenu aux services de renseignements du régime iranien, qui ont commis ces vingt dernières années d'innombrables assassinats, meurtres et actes de tortures de civils iraniens.
 
Trois des plus importants portefeuilles ministériels du gouvernement iranien actuel sont détenus par des hommes ayant du sang sur les mains, à savoir Mustafa Pour-Mohammadi, ministre de l'intérieur, Gholamhussein Mohseni Ezhei, ministre de l'information, et Manouchehr Mottaki, ministre des affaires étrangères. 

Mustafa Pour-Mohammadi, ministre de l'intérieur

Pour-Mohammadi a fait partie d'un comité de trois personnes ayant orchestré l'exécution systématique de 30 000 civils iraniens lors d'une vague de meurtres dite « massacre des prisonniers iraniens de 1988 ».

Dans les années 1980, alors que la terrible guerre entre l'Iran et l'Irak faisait rage, le leader suprême iranien, l'Ayatollah Khomeini, a ordonné l'arrestation de tous les citoyens soupçonnés de défendre des principes contraires au régime. Des milliers de personnes, dont de nombreux enfants, ont été arrêtées par les forces de l'ordre ou enlevées par des agents secrets, puis jetées en prison et torturées. En 1988, la fin du conflit prive Khomeini de tout prétexte lui permettant de maintenir ces personnes en prison. Il lance alors la Fatwa (décret islamique) suivante : « Les personnes détenues dans les prisons iraniennes et qui persistent à soutenir les Moudjahidines mènent une guerre contre Allah et sont donc condamnées à mort... Détruisez immédiatement les ennemis de l'Islam. En ce qui concerne les dossiers en cours, employez tous les moyens nécessaires pour accélérer l'application du verdict d'exécution ».

Pour-Mohammadi a appliqué la Fatwa avec diligence, devenant ainsi le fer de lance du massacre qui s'ensuivit. Il est devenu la figure de proue des tribunaux d'exception iraniens, les « commissions de la mort », qui confirment avec célérité les accusations de « crime contre Allah » et condamnent les prisonniers à mort. Plus de 30 000 personnes sont exécutées en l'espace de quelques mois, puis enterrées anonymement. Des adolescents, certains âgés de seulement 13 ans, sont entassés dans des chariots élévateurs puis pendus à des grues. Les femmes sont violées avant leur exécution pour que « l'entrée au paradis leur soit refusée ». Les survivants ont déclaré que chaque demi-heure, une cinquantaine de prisonniers étaient conduits à la potence.

Pour-Mohammadi est né à Qom en 1959 et a suivi des études théologiques dans de nombreux instituts religieux, à Qom, Mashhad et Téhéran. Il devient ensuite procureur du régime dans les provinces du Khuzestan, de Bandar Kermanshah et de Mashhad de 1979 à 1986. De 1990 à 1998, Pour-Mohammadi dirige les opérations des services secrets iraniens à l'étranger et est responsable de l'enlèvement, de la torture et de l'exécution de centaines de dissidents, aussi bien en Iran qu'à l'étranger. Parallèlement, de 1997 à 1999, il est ministre délégué aux renseignements. En 2003, il figure parmi les conseillers du leader suprême. À l'heure actuelle, il est ministre de l'intérieur et, à ce titre, peut décider de la vie et de mort de ses compatriotes. [1]

Gholamhussein Mohseni Ezhei, ministre de l'information

Mohseni Ezhei a occupé de nombreux postes clés dans la magistrature iranienne depuis 1984, et a mené la chasse aux politiciens, religieux et intellectuels réformistes, dont bon nombre ont été assassinés ou jetés en prison. En 1999, il a commandité l'enlèvement et le meurtre de Pirouz Davani et d'autres dissidents importants. La même année, il préside au procès pour corruption du maire réformiste de Téhéran, Gholam Hossein Karabaschi, au cours duquel des témoins ont été emprisonnés ou se sont « confessés » sous la torture. Gholam Hossein Karabaschi a été condamné à cinq ans de prison, après flagellation publique. Par contre, les religieux impliqués dans l'affaire, mais qui soutenaient le régime d'Ahmadinejad, ont été acquittés.

De surcroît, Mohseni Ezhei a sévèrement limité la liberté d'expression et a mené une campagne de « nettoyage » ciblant les médias iraniens. Depuis 2000, plus 100 journaux ont été interdits de parution et de nombreux journalistes jetés en prison et torturés. En 2006, Mohseni Ezhei a accompagné Ahmadinejad à un « sommet du terrorisme » en Syrie, où le gouvernement iranien s'est entretenu avec huit groupes islamiques militants, leur a octroyé de « fortes sommes d'argent » et a évoqué des cibles potentielles à atteindre en Europe, aux États-Unis et au Moyen-Orient.

Mohseni Ezhei est né en 1956 à Ejiyeh, la province centrale d'Isfahan. Titulaire d'une maîtrise en droit international, Mohseni Ezhei a dirigé le comité d'enquête du ministère des renseignements de 1984 à 1985, puis a représenté la magistrature iranienne auprès du ministère de l'information, de 1986 à 1988 et de 1991 à 1994. Il a également dirigé le bureau du procureur chargé des affaires économiques de 1989 à 90, a officié comme procureur général du tribunal spécial du clergé de 1995 à 2005, et comme responsable du complexe judiciaire des employés gouvernementaux de 1996 à 2002. De très nombreux intellectuels et dissidents iraniens ont été enlevés, emprisonnés, torturés et tués alors que Mohseni Ezhei occupait ces postes. [2]

Manouchehr Mottaki, ministre des affaires étrangères

Alors qu'il était ambassadeur de l'Iran en Turquie, Mottaki a été directement impliqué dans une série d'enlèvements et d'assassinats. En effet, les services secrets iraniens ont utilisé l'ambassade iranienne d'Ankara et le consulat-général d'Istanbul comme centre de détention et d'exécution de dissidents iraniens réfugiés en Turquie pour fuir les exactions se déroulant dans leur pays. Le régime iranien s'est attaqué à une centaine de réfugiés quand Mottaki était en poste en Turquie, de 1985 à 1989, année où Ankara l'a prié de quitter le territoire turc. Certains rapports font état d'actes de tortures et de meurtres commis au sein de l'ambassade. Certaines victimes ont été tuées, puis enterrées anonymement en Turquie, tandis que d'autres ont été enlevées et reconduites en Iran, où elles ont été emprisonnées ou exécutées. Mottaki a travaillé en étroite collaboration avec les agents secrets iraniens, notamment en termes de renseignements et de logistique.

En 1988, le dissident iranien Abolhassan Mojtahedzadeh a été enlevé à Istanbul puis conduit au consulat général iranien, où il aurait été torturé. Les forces de l'ordre turques l'ont ensuite découvert à quelques kilomètres de la frontière iranienne, garrotté dans le coffre d'une voiture officielle appartenant à l'ambassade d'Iran. Mottaki a joué un rôle crucial dans l'organisation de cet enlèvement ainsi que dans la tentative de reconduite illégale d'Abolhassan Mojtahedzadeh en Iran. Au cours de la même année, les autorités turques ont confié 54 Iraniens réfugiés en Turquie à l'ambassade iranienne. Certains d'entre eux ont été tués puis enterrés clandestinement en Turquie ; d'autres ont été supprimés lors du trajet les ramenant en Iran, tandis que les réfugiés restants ont été exécutés à leur arrivée sur place.

Mottaki est né en 1953 à Bandar Gaz, dans la province du Golestan, au nord du pays. Il est titulaire d'une licence en sciences sociales décernée par l'université indienne de Bangalore en 1976 et d'une maîtrise en relations internationales obtenue en 1996 en Iran, à l'université de Téhéran. Il a été ambassadeur d'Iran à Ankara de 1985 à 1989. Après que la Turquie ait demandé à ce qu'il soit démis de ses fonctions, il est revenu en Iran où il a pris la tête de bureau de l'Europe occidentale du ministère des affaires étrangères. En 1994, il a été l'ambassadeur de l'Iran au Japon. Après le retour de Mottaki en Iran en 1999, il a occupé différents postes au sein du ministère des affaires étrangères, jusqu'à ce qu'il soit nommé ministre des affaires étrangères en 2005. [3] 


Références:

[I] "
Ministers of Murder,” Human Rights Watch report
“Iran parliament approves hard line Cabinet Ministers,” Asharq Alawasat, August 25, 2005
“Pour-Mohammadi and the 1988 prison massacres,” Human Rights Watch report
Lamb, Christina, “Khomeini Fatwa led to killing of 30,000 in Iran, The Telegraph,
“Pour-Mohammadi and the 1988 serial murders of dissident intellectuals,” Human Rights Watch report
“Iranian ministers accused of human rights abuses,” Financial Times, December 15, 2005

[2] “Mohseni Ezhei: from Inquisitor to Minister of Information,” Human Rights Watch report
 “Iran, human rights developments,” Human Rights Watch report,
“Iran attacks on Justice 2000,” International Commission of Jurists, August 13, 2001
Zadeh, Ali Nouri, “Iran’s secret plan if attacked codenamed ‘Judgement Day’,” Asharq Alawasat, April 27, 2006
Baxter, Sarah, “Iran’s president recruits terror master,” Times of London, April 23, 2006

[3] “Iran’s new Foreign Minister was involved in terrorism,” Iran Terror Database, August 25, 2005
 Human Rights Watch report
Sancton, Thomas, “the Tehran Connection,” Time, March 21, 1994
Navai, Ramita and Beeston, Richard, “Iran sacks diplomats in purge of reformers,” The Times of London, November 2, 2005