L'Occurrence de sanctions basées sur les Droits de l'Homme

06.10.2009

L'Occurrence de sanctions basées sur les Droits de l'Homme

Par Emanuele Ottolenghi

Lorsque la machine à tuer du régime iranien a commencé sa récolte meurtrière, la ligne infime qui sépare l'indifférence de la complicité a disparu devant nos yeux. Les démocraties occidentales ne peuvent pas continuer à prétendre que les affaires sont les affaires.

La stratégie occidentale qui consiste à confronter l'Iran doit être rapidement appliquée, et doit se concentrer sur deux objectifs. Tout d'abord, les ambitions nucléaires de l'Iran doivent être déjouées; un régime qui se comporte de façon si déséquilibrée et si brutale contre son propre peuple ne peut pas être fiable pour se comporter de façon rationnelle dans les relations internationales. Deuxièmement, l'Iran doit devenir un élément central de cette stratégie, en tant que public impliqué, si ce n'est comme allié actif.

Avant le 12 juin, de nombreuses raisons ont été avancées pour ne pas envisager des mesures supplémentaires pour mettre pression sur l'Iran. La Russie et la Chine n'étaient pas de la partie. Les sanctions ont besoin de temps pour produire des résultats. L'engagement des Etats-Unis est sur la table. Parler fermement à l'Iran – y compris peut-être plus de sanctions – aiderait les radicaux du régime sans produire des résultats significatifs à court terme. Depuis le 12 juin, cela paraît comme étant des plates excuses. Les espoirs que les élections en Iran pourraient constituer un tournant dans les négociations nucléaires ont été anéantis.

Parler à un régime qui invente des ennemis à l'étranger pour justifier la répression domestique ne peut vraisemblablement pas produire un compromis convenable. Un régime affaibli qui compte sur la répression pour survivre ne sera pas enclin à faire des concessions, ce qui pourrait être perçu comme un signe de faiblesse par ses adversaires internes. Serrer les mains ensanglantées de ses dirigeants comme si de rien n'était n'aboutira pas à un accord pour l'Occident; cela ne fera que permettre au régime de gagner du temps. 

Les protestations populaires répandues et les fissures du régime démontrent que sa légitimité repose sur ses bases peu solides. La portée de sa répression et son incapacité à imposer complètement l'ordre après près de deux mois indiquent une faiblesse interne importante. 

C'est là que repose le dilemme occidental. Compter sur une contre révolution démocratique iranienne pour débloquer l'impasse nucléaire est plus un espoir qu'une stratégie. Cela pourrait se produire demain, dans six mois, ou dans six ans, bien plus longtemps que la chronologie du programme nucléaire iranien.

Alors que l'administration américaine espère encore convaincre Téhéran de se laisser fléchir sur son programme nucléaire, les Européens ne doivent pas affronter le choix entre l'engagement et les sanctions. L'Europe a fait les deux ces six dernières années, prouvant que l'un n'empêche pas l'autre. Le dialogue avec Téhéran ne doit pas venir aux dépens d'ignorer le truquage flagrant des résultats du régime ou de sa répression violente des manifestations pacifiques, des personnalités réformistes, des élites politiques et des médias. 

Quatre étapes sont nécessaires pour assurer au peuple iranien que l'Occident ne sacrifiera pas ses aspirations sur l'autel d'un compromis avec ses tortionnaires: l'engagement diplomatique sur le dossier nucléaire; des sanctions symboliques qui marquent notre mécontentement sur le comportement interne de l'Iran et notre condamnation de ses violations des droits de l'homme; un solide effort en matière de diplomatie publique dirigée vers le peuple iranien; une stratégie concertée autour de fermes sanctions économiques à être appliquées si l'engagement venait à échouer. 

Alors que les derniers événements ont soulevé de sérieux doutes sur la viabilité d'un engagement, il présente des avantages. Il donne du temps pour convaincre les alliés récalcitrants et les sceptiques des sanctions que toutes les possibilités d'un compromis ont été considérées. Il donne au régime l'opportunité de changer de comportement. Il fait savoir au peuple iranien que l'Occident est disposé à s'engager avec l'Iran avant qu'il n'inflige une souffrance économique à son peuple. Et il met le fardeau de l'échec sur le dos du régime.

C'est pourquoi, adopter immédiatement un ensemble de mesures largement symboliques et diplomatiques aurait plusieurs avantages importants: cela montrerait aux dissidents iraniens qu'ils ne sont pas seuls, mais cela permettrait à l'Occident d'ajuster sa stratégie de sanctions, frapper maintenant mais laisser les coups durs pour plus tard.

L'Occident soutient la démocratie et les droits de l'homme. Le régime iranien a montré son vrai visage de violateur grossier des deux. Isoler le régime en rappelant les ambassadeurs occidentaux, en refusant les visas ou les droits de transit aux hauts fonctionnaires iraniens impliqués dans la répression, suspendre le dialogue commercial et culturel bilatéral jusqu'à nouvel ordre sont toutes les munitions contenues dans la boîte à outils des gouvernements occidentaux. Aucune de ces mesures ne portera préjudice aux chances d'un accord nucléaire; aucune ne déjouera l'engagement américain; et elles permettraient une escalade progressive des sanctions si cette politique est choisie par la suite par les Etats-Unis et ses alliés. 

Notre indifférence face aux violations des droits de l'homme par l'Iran n'a pas aidé notre ordre du jour diplomatique avant le 12 juin. Il se peut qu'aujourd'hui cela aide le régime à croire que sa répression interne ne coûte rien. Moralement, les démocraties occidentales ne peuvent pas se permettre d'être spectateurs. Elles devraient exiger de l'Iran un prix élevé pour ses méthodes brutales.

Emanuele Ottolenghi est la directrice de l'Institut Transatlantique basé à Bruxelles  (
www.transatlanticinstitute.org) et l'auteur de Under a Mushroom Cloud: Europe, Iran and the Bomb (Sous un Champignon Atomique : l'Europe, l'Iran et la Bombe) (Londres, Profile Books, 2009).


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