L'heure du Choix a Sonné Pour L'Europe - 20.3.2007
20.03.2007 L'heure du Choix a Sonné Pour L'Europe par Matthias Küntzel Nous sommes à la croisée des chemins. Bafouant les décisions du Conseil de sécurité, les dirigeants iraniens accélèrent leur programme nucléaire. L'Europe va-t-elle poursuivre une politique d'apaisement auprès des Mollahs ou fera-t-elle preuve d'un peu de courage ? Les Européens reconnaîtront-ils qu'en cherchant à se doter d'armes nucléaires, la dictature iranienne intensifie sa guerre sainte aux portes de l'Europe ? Trouvera-t-elle la volonté de faire monter les sanctions économiques infligées à l'Iran jusqu'au moment où la République iranienne, actuellement confrontée à un mécontentement populaire, devra céder ? La seule puissance capable de faire fléchir Téhéran sans intervention militaire est l'Union européenne. Les États-Unis n'en sont pas capables car ils n'entretiennent aucune relation commerciale avec l'Iran. La Chine, le Japon et la Russie ne peuvent rien faire eux non plus car l'Iran peut se passer d'eux. En revanche, l'Iran a besoin de l'Europe. L'Iran se procure 40 % de ses importations auprès de l'UE, qui regroupe pour sa part 25 % du volume iranien des exportations. Alors que l'intérêt de l'Iran aux yeux du Japon et de la Chine réside principalement dans ses ressources énergétiques, la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Italie et les Pays-Bas alimentent l'économie iranienne en y effectuant des investissements vitaux. Le principal partenaire commercial a toujours été l'Allemagne. Comme l'a déclaré Michael Tockuss, ancien Président de la chambre de commerce germano-iranienne de Téhéran, « près des deux tiers du secteur industriel iranien dépendent des produits d'ingénierie allemands. Les Iraniens sont indéniablement dépendants des fournisseurs allemands et de leurs pièces détachées ». Indéniablement dépendants ! On serait bien en peine d'identifier des moyens de pression économiques potentiels plus évidents. Depuis cette déclaration, une étude réalisée par le parlement iranien a souligné l'évidence : sans les pièces détachées et les biens industriels en provenance de l'Europe, l'économie iranienne mordrait la poussière en quelques mois. Les seules entités capables d'utiliser ce moyen de pression avant qu'il ne soit trop tard sont l'Allemagne et au sens plus large l'Union européenne. Bien entendu, l'Europe aurait déjà dû passer aux actes en 2003, quand Téhéran a été forcé de reconnaître que l'Iran poursuivait depuis dix-huit ans un programme nucléaire. L'idée de voir le principal soutien au terrorisme dans le monde entier se doter d'armes nucléaire a semé l'effroi parmi l'opinion publique. Que s'est-il passé par la suite ? Au lieu de voir une suspension immédiate des transferts technologiques vers l'Iran, nous avons assisté entre 2003 et 2005 à une augmentation des exportations européennes vers l'Iran, de l'ordre de 29 %, pour une valeur de 12,9 milliards d'euros. Avant 2003, les garanties gouvernementales à l'exportation avaient permis une expansion commerciale pour divers pays, tels que la France, l'Italie et l'Autriche. Cependant, alors que le programme nucléaire de l'Iran n'a plus rien de secret, ces garanties à l'exportation se sont non seulement poursuivies, mais ont même augmenté, comme nous pouvons le constater dans le cas de l'Allemagne. Dans son rapport annuel sur les garanties à l'exportation pour l'année 2004, le ministère allemand de l'économie a consacré à l'Iran une section entière, dans laquelle on peut déceler une immense joie face aux échanges commerciaux avec Téhéran : « Les garanties à l'exportation du gouvernement fédéral ont joué un rôle crucial dans les exportations vers l'Iran. Le volume des couvertures dont bénéficiaient les acheteurs iraniens a été multiplié par presque 3,5 par rapport à l'année précédente, atteignant une somme de près de 2,3 milliards d'euros. Le gouvernement fédéral a ainsi garanti pratiquement 65 % des exportations allemandes vers l'Iran, qui occupe la deuxième place dans le classement des pays ayant bénéficié de la couverture la plus élevée en 2004, talonnant de peu la Chine. » Pour les étudiants et les groupes de défense des droits de l'homme en Iran, cette politique a été perçue comme un véritable coup de poignard dans le dos asséné par l'Europe. En effet, les entreprises européennes ne cherchent pas à imposer des changements par des voies commerciales, bien au contraire. Dans le domaine industriel, trois quarts des entreprises iraniennes sont nationalisées. Les accords sur l'exportation ne sont pas conclus avec le secteur privé, mais avec les « fondations révolutionnaires » du régime, tels que la « Fondation des Martyrs », administrée par des islamistes purs et durs. Ces « petits rois », comme on les surnomme en Iran, sont personnellement nommés par les dirigeants révolutionnaires. Le Parlement n'exerce pas le moindre contrôle sur eux. La plupart d'entre eux ont été impliqués dans des activités terroristes ou des programmes de production d'armes de destruction massive. Les exportations européennes soutiennent les ambitions nucléaires des Mollah de trois manières différentes. Tout d'abord, sur toute somme prêtée au régime, une partie est investie dans la recherche nucléaire. L'Iran souhaite consacrer 1,4 milliard de dollars à la construction de 20 nouveaux réacteurs nucléaires. La télévision officielle iranienne a indiqué la semaine dernière que le comité parlementaire avait approuvé ce projet sur le plan financier. Ensuite, tout accord sur l'exportation renforce la position interne des éléments les plus intraitables, qui se montrent généralement tout aussi inflexibles sur le dossier nucléaire. Enfin, le pays acquiert des moyens technologiques de pointe qui pourront êtres utilisés dans le programme nucléaire. Ainsi, en août 2003, Siemens, qui dispose d'un haut niveau de compétence dans le domaine des centrales nucléaires, a signé un accord portant sur la construction de 24 centrales. Pour décrocher ce contrat, Siemens a dû s'engager à effectuer un « transfert technologique concernant les centrales nucléaires de petite et moyenne taille ». L'année 2005 a marqué un nouveau tournant. L'un des fanatiques les plus implacables a été élu Président. Les déclarations d'Ahmadinejad au sujet d'Israël, de la Shoah et du Douzième Imam ont mis en relief la menace que représente le programme nucléaire iranien. L'arrivée au pouvoir d'un nouveau Président était l'occasion rêvée d'opérer un changement politique en matière d'exportations vers l'Iran. On pourrait même dire qu'elle le justifiait. L'OCDE a d'ailleurs augmenté l'évaluation de risque de l'Iran concernant les garanties possibles à l'exportation. Les exportations sont devenues plus coûteuses tandis que la confiance des exportateurs s'effrite. Néanmoins, en 2006, les exportations allemandes vers l'Iran ont enregistré une baisse d'à peine 6 %. L'an dernier, la valeur des divers produits exportés par l'Allemagne en Iran atteignait 4,1 milliards d'euros. En outre, malgré les discours révisionnistes et les menaces proférées à l'encontre d'Israël, l'Autriche et l'Allemagne, pour ne citer qu'elles, ont poursuivi leurs exportations comme si de rien n'était. En 2006, près de 20 % de toutes les garanties de crédits à l'exportation de la division allemande d'Hermes concernaient l'Iran. Le véritable soutien paneuropéen envers l'Iran concerne cependant le projet de Nabucco, qui porte sur un gazoduc reliant directement les champs gaziers iraniens et la ville de Baumgarten, dans le Sud de l'Autriche. La société autrichienne OMV est en tête de file du groupe qui entend mener à bien ce projet de cinq milliards d'euros. Une décision sur la validation de ce projet sera prise en fin d'année. Si le gazoduc était construit, la relation entre l'Europe et les Mollahs changerait immanquablement. Le régime islamiste iranien deviendrait alors le nouveau partenaire stratégique de l'Europe. C'est précisément en février 2006, alors que les déclarations du président iranien franchissaient de nouvelles limites, que la Banque européenne d'investissement approuvait l'apport d'un milliard de dollars à ce projet. Il convient de préciser que cet organisme émane directement de l'Union européenne et qu'il est financé par les États membres de l'UE. L'institution financière de l'UE est assujettie aux objectifs politiques de cette dernière. On est en droit de se demander en quoi le soutien économique d'un pays où les relations sexuelles entre des jeunes hommes et des jeunes femmes sont punis par pendaison en place publique s'inscrit dans les objectifs politiques de l'Union européenne. Nous sommes désormais en 2007 et l'Iran est sur le point de produire de l'uranium enrichi en quantité industrielle. Pourtant, l'Europe continue à s'opposer à l'adoption de sanctions efficaces contre ce régime par une coalition des pays de bonne volonté, visant à dépasser le cadre des résolutions du Conseil de Sécurité. Les gouvernements européens ont même l'intention d'accorder de nouveaux crédits de garantie à l'exportation pour le commerce avec l'Iran. Comme l'expliquait le bulletin semi-officiel Nachrichten für den Außenhandel (Informations sur le commerce extérieur) il y a deux semaines à peine : « Aucune modification n'est intervenue récemment dans les garanties de prêt pour les exportations vers l'Iran. (...) Selon le Ministre allemand de l'économie, (…) l'Iran a indiqué que des garanties de crédit à l'exportation étaient toujours disponibles » (22 février 2007). Le message était le même en ce qui concerne Vienne. Dans ce contexte, personne ne sera surpris d'apprendre que certaines entreprises telles que Royal Dutch Shell, Repsol (Espagne), Total (France) et E.on (Allemagne) jouent des coudes afin de conclure les accords les plus lucratifs avec les Mollahs. Quels enseignements peut-on tirer des tournants survenus en 2003, 2005 et 2007 ? Ces évènements montrent l'entêtement dont font preuve les entreprises et les hommes politiques dans le respect du même crédo : les ambitions nucléaires iraniennes sont considérées comme un facteur négligeable, face à des considérations financières et commerciales. Ils agissent comme si l'avancement du programme nucléaire iranien n'avait qu'une importance secondaire pour l'Europe et se démarquent de ceux qui prônent des sanctions. Ils semblent avoir succombé à l'illusion qu'un Iran nucléaire ne présenterait aucun risque pour l'Europe. Cependant, ils se trompent sur toute la ligne. Si l'Iran parvenait à acquérir des armes nucléaires, la situation tiendrait du cauchemar, non seulement pour Israël, mais également pour l'ensemble de l'Europe. On assisterait à une course aux armes nucléaires dans l'ensemble du Moyen-Orient, soit parce que le régime iranien tiendrait sa promesse en partageant ses connaissances technologiques avec ses alliés, soit parce que les régimes arabes feraient en sorte de se doter à leur tour de capacités nucléaires. Le danger spécifique à la bombe iranienne provient cependant de son contexte idéologique particulier, qui mêle des éléments très dangereux : tendances suicidaires, uranium enrichi, thèses révisionnistes, technologie avancée, appétit de domination du monde, recherches sur les missiles, messianisme chiite et plutonium. Il existe d'autres dictatures dans le monde. Cependant, en Iran, les thèmes de l'antisémitisme et de la mission religieuse sont liés à une mégalomanie technologique et aux recherches physiques sur les armes de destruction massive. Pour la première fois, nous sommes confrontés à un spectre qui nous ramène 70 années en arrière : une sorte d'Adolf Hitler équipé d'armes nucléaires. Qui croit encore que cette situation ne ferait peser aucun risque sur l'Europe ? Comme nous le confiait récemment Angela Merkel, « Nous devons prendre au sérieux les discours du Président iranien ». Absolument ! Ahmadinejad se délecte d'envisager la disparition de la démocratie libérale : « Les plus judicieux entendent déjà l'effritement et la chute des systèmes démocratiques libéraux », écrivait-il dans une lettre au Président Bush, reprenant le point de vue de l'élite théocratique iranienne. À l'image de son pays, il se considère en pleine « guerre historique qui a commencé il y a des centaines d'années », martelant que « nous devons prendre conscience de la bassesse de notre ennemi, pour que notre haine sacrée se répande comme une vague ». Les missiles Shahab 5 à moyenne portée, qui peuvent être dotés d'ogives nucléaires et n'importe quelle cible en Europe, ont été construits afin de remporter ce conflit. Pour remporter ce conflit, des milliers de kamikazes ont été recrutés tandis que des cellules du Hezbollah étaient implantées en Europe. Les membres de ces cellules sont placés sous les ordres directs des services secrets iraniens. L'Europe va se retrouver confrontée à une situation inédite si l'Iran parvient à acquérir la bombe. Que l'Iran déclare formellement ou non faire partie des puissances nucléaires n'a qu'une importance relative. La fatwa prononcée envers l'écrivain britannique Salman Rushdie avait semé la peur dans des milliers de cœurs. Les ambitions nucléaires iraniennes sonneront le glas des perspectives de paix au Moyen-Orient, tout en plaçant l'Europe en ligne de mire. Il est impératif de passer à l'action pour empêcher cette situation, ce qui me ramène à la dernière option non militaire permettant un règlement du contentieux avec l'Iran: des sanctions strictes. Évidemment, même en dehors des États-Unis, on trouve des entreprises qui se comportent de manière responsable. On pourrait considérer que même si elles ne suivent pas toujours les préceptes du « commerce équitable », elles se sont engagées pour le « commerce sans terreur ». Ces entreprises ont rompu tous leurs rapports commerciaux avec l'Iran ou tout au moins réduit leurs échanges au strict minimum. On pourrait notamment citer les banques suisses UBS et Crédit Suisse, la grande compagnie pétrolière BP et Allianz. Ces sociétés refusent de se salir les mains. Cependant, il existe encore plus de sociétés disposées à traiter avec les djihadistes de Téhéran, en toute discrétion bien sûr, car elles ne souhaitent pas que le grand public ait vent de leur partenariat avec le régime iranien. Parmi ces entreprises figurent des grands noms, tels que BASF, Henkel, Continental, Bahlsen, Krupp, Linde, Lurgi, Siemens, ZF Friedrichshafen, Mercedes, Volkswagen, Scania, Volvo, MAN, Shell, Total, Hansa Chemie, Hoechst, OMV, Renault et SAS. Il convient d'appeler un chat un chat : ces sociétés sont bassement mercantiles et n'ont aucun scrupule à cautionner le terrorisme s'il y a des bénéfices à la clé. Téhéran fait tout pour se doter d'armes nucléaires. Le temps presse. Les contours sécuritaires du 21e siècle se dessinent dès maintenant. Sommes-nous condamner à vivre demain dans l'ombre de la bombe iranienne ou bien la communauté internationale parviendra-t-elle à arrêter Ahmadinejad et son régime ? Si le respect des victimes de la Shoah n'est pas un vain mot en Europe, il faut dénoncer toute entreprise qui fait affaire avec ce régime antisémite, un régime qui, rappelons-le, finance le Hezbollah et a exprimé clairement son ambition de rayer Israël de la carte. Si les opinions publiques allemandes et autrichiennes veulent prouver qu'elles ont retenu les leçons de l'histoire, il est important qu'elles exercent des pressions sur leurs gouvernements jusqu'à ce qu'ils fassent le nécessaire pour empêcher l'Iran d'obtenir la bombe. Les gouvernements européens doivent rapidement mettre en œuvre des moyens de pression intenses sur l'Iran, en le mettant en demeure de changer de politique sous peine de subir de très graves sanctions économiques. Si ces mesures ne sont pas prises, nous seront confrontés à un choix cruel entre une mauvaise solution (intervention militaire) ou une situation dramatique (l'Iran doté d'armes nucléaires). L'Allemagne et l'Europe doivent cesser d'être les partenaires silencieux du terrorisme. On semble assister à un concours visant à désigner l'entreprise qui conclura l'accord le plus odieux avec l'Iran. Cette situation est intolérable. Nous devons impérativement mettre fin à cette approche qui nous mène tout droit à la catastrophe. |


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